Articles taggs avec ‘Kees Vanderheyden’

Après-midi de contes à la Maison Villebon

Vendredi 25 avril 2008

C’est ce dimanche 27 avril à 13h, qu’aura lieu le premier après-midi de Contes à Villebon dans la nouvelle Maison de la Culture de Beloeil. À cette occasion, les spectateurs pourront redécouvrir les légendes de Beloeil et de la montagne avec les conteurs de la région, Kees Vanderheyden et Pierre Lambert. Ceux-ci ont ressorti des contes locaux afin de concocter une programmation originale qui puise directement dans notre imaginaire collectif régional. Ils seront accompagnés par un talentueux musicien, lui aussi de la région, le «violoneux» Loïc Hamon.

Écrivain pour la jeunesse et conteur, Kees Vanderheyden est né aux Pays-Bas en 1932 et a émigré au Canada en 1954. Il a été journaliste et responsable de la planification et du développement pour Radio-Québec, concepteur de la Charte pour l’enfant et la télévision qui a été adoptée par plus de 75 organismes de télévision et invité au World Summit on Television and Children de Melbourne en 1995, à titre de membre expert. Depuis, il est devenu directeur du Centre de la Nature du Mont-Saint-Hilaire. Les droits cinématographiques de son roman La guerre dans ma cour, publié chez Boréal en 1994, ont été acquis par une grande maison cinématographique. Son dernier livre, L’Enfant de l’ennemi, compte parmi les meilleurs vendeurs des Éditions de la Paix et a reçu le Prix Excellence.

Pierre Lambert est l’auteur de deux ouvrages de contes, Contes et nouvelles de Beloeil et du mont Saint-Hilaire et Contes et légendes du mont Saint-Hilaire. Il publiera en novembre prochainRécits, contes et légendes de la Montérégie. Pierre Lambert est conteur depuis huit ans et il s’est produit notamment aux Féeries de Mont-Saint-Hilaire et au Bilboquet de Saint-Hyacinthe. Il présente aussi des contes devant des auditoires d’étudiants et de personnes du troisième âge. On peut l’entendre tous les mois au Cercle des conteurs du mont Saint-Hilaire.

D’origine bretonne, Loïc Hamon chante et violone depuis près de 25 ans dans différents groupes québécois (La Part du Quéteux) et bretons (L’An-des-Vents). Membre du groupe de chanteurs bretons Louarn, il se produit également avec le groupe de musique traditionnelle québécoise Fil-En-Ré, avec lequel il a fait des tournées en France en 2003 et 2005. Résidant dans la région depuis une trentaine d’années, Loïc Hamon a pris part à de nombreux spectacles de la Fêtes nationales autour de Montréal ainsi qu’à plusieurs festivals, dont La Grande RencontreChants de vielles, Les Fêtes de la Nouvelle-France et les festivals celtiques de Montréal et de Québec.

 

À Beloeil…On fait de beaux yeux à la culture, et la culture nous fait de l’oeil!

 

La Maison Villebon

630, rue Richelieu

Beloeil *voisine de la Bibliothèque et du Centre culturel

 OUVERT À TOUS! ENTRÉE LIBRE!

PLACES LIMITÉES!  PREMIERS ARRIVÉS, PREMIERS ASSIS !  Bienvenue chez vous!

Info. : www.beloeilsurlaculture.blogspot.com  et  450 467-7872

Soirée de contes au Presse Café

Mardi 15 avril 2008

Le Cercle des conteurs du Mont-Saint-Hilaire
vous invite à sa soirée de contes vendredi 25 avril 2008, à
19h30, au Presse Café, 365, boul. Laurier, Mont-Saint-Hilaire (Les Promenades de Savoy). C’est gratuit. Des conteurs de Montréal et de la région y présenteront des contes variés, notamment

Kees Vanderheyden : Valérie, la vache allumée
Nicole Lemay : Le sac de Robert
Albert Simon : Le pêcheur de la mer intérieure
Paul Savard : Le grand serpent de mer
Pierre Lambert : Les portes de fer
Nadyne Bédard : La femme à l’aiguille

Info: Pierre Lambert 450-464-0936

Valérie, la vache dans la lune: conte de Kees Vanderheyden

Dimanche 9 mars 2008

La vingtaine de vaches de la ferme Beausoleil à Saint-Mathias-sur- Richelieu étaient fort contentes. Leur pré au bord de la rivière, logé entre l’eau et la route, en face d’un petit aéroport endormi, était vaste, vert et riche en trèfle. En plus, le site offrait ce petit bonheur supplémentaire : le chemin des Patriotes qui longeait le pré avec son flot de camions, d’autos et de vélos. Voilà pourquoi les vaches de la ferme Beausoleil ruminaient doublement. Elles dégustaient le trèfle vert mais elles contemplaient aussi attentivement et souvent avec ravissement la circulation automobile.

Les chauffeurs ne se doutaient pas que ces vaches aux grands yeux vagues et à l’allure indifférente attendaient avec trépidation chaque voiture qu’elle observaient d’un oeil expert. Elles appréciaient le flot quotidien et comparaient le nombre de camions aux nombre de cornes du troupeau, le nombre de voitures ordinaires aux nombre de pattes et les vélos aux pies. Voilà un nouveau camion, voilà une voiture bleue rapide. Quand la voiture les épatait, le choeur des vaches lançait discrètement un Meuuuoouuu d’appréciation. Quand une bagnole n’était qu’un paquet de rouille minable, elles étaient moqueuses et laissent s’échapper un beuuuu de mépris. Il y eut ainsi des journées hautes en Meuuuoouuu, d’autres lourdes de beuuu. Ainsi le pré offrait de la nourriture pour les corps mais aussi pour de la joie pour les esprits bovins.

Il régnait toutefois une tension au coeur du troupeau, une petite ombre à ce portrait bucolique, car il y avait une vache qui était un peu hors-normes. Valérie était son nom. Elle mangeait le même trèfle que ses tantes et ses cousines, observait le même flot de voitures sur le chemin des Patriotes, mais elle semblait avoir l’oeil ou le cerveau plus alerte. Valérie voyait plus loin. À force d’observer la circulation, elle ne remarquait pas seulement la couleur et la propreté des véhicules, elle constatait aussi des détails comme la grille du moteur, la forme du coffre ou des phares. Elle concluait qu’au cours des saisons il y avait de nouveaux modèles de camions et de voitures.

Ses parentes et copines trouvaient que Valérie exagérait et voulait se montrer plus fines que les autres. Entre deux beuglements, elles grognèrent que Valérie était snob et vaniteuse.

- Au lieu d’examiner des détails insignifiants des voitures, pourquoi elle ne participe pas à nos confidences sur les veaux qui vont naître au printemps. Pourquoi elle ne discute pas avec nous sur les boeufs séduisants qui viennent nous rendre visite de temps en temps ?

Un petit incident aviva leur frustration. Un beau dimanche Valérie remarqua une nouvelle voiture plus élégante et plus jolie que les autres. Elle s’approcha de la clôture du champ et l’admira les yeux et la bouche grand ouverts. Le chauffeur étonné s’en aperçut et …il donna un vigoureux coup de klaxon. Pour Valérie ce fut la consécration. Un chauffeur avait reconnu sa clairvoyance et l’avait signalé avec éclat. Enchantée, elle fit part de son bonheur à ses tantes et ses cousines autour de l’abreuvoir. Avec dégoût, elles firent toutes beeuuu et reprirent leurs laborieuses discussions sur le bon élevage des veaux.

Déçue de tant de mesquinerie, Valérie se mit à rêver à une vie plus stimulante où il y avait de la place pour les défis et des découvertes. Le train-train monotone de la ferme Beausoleil lui pesait. Une suggestion lui vint un jour au bout du champ. Un matin clair, un bruit insolite retentit du côté du petit aéroport généralement si endormi. Devant les yeux étonnés de Valérie, une étrange voiture, dotée de longues ailes rigides se leva bruyamment et gagna le ciel. C’était un spectacle bien plus excitant qu’une voiture rutilante sur le chemin des Patriotes. Quelle merveille. Une voiture qui roule et qui vole comme un grand oiseau. Puis le ciel n’était-il pas plus noble que le plancher des vaches ? Elle buvait le spectacle avec ravissement, admira les pirouettes, fit de long meuuu admiratif et vit disparaître l’étrange oiseau dans les nuages. Valérie passait la journée à scruter le ciel, dans l’espoir de revoir l’oiseau rare.

Le soir venu, la lune montait lentement dans le ciel et Valérie regardait une dernière fois le ciel , son âme de vache “dans la lune”. Or, la lune qui surveille le sommeil des hommes et des animaux, aperçut la vache songeuse là bas dans le pré. Est-ce qu’elle avait besoin d’aide ?

- Salut, mon amie la vache, attends-tu quelqu’un ? Le boeuf de tes rêves peut-être ?
- J’aimerais voler comme l’étrange voiture que j’ai vue se lever cet après-midi. Elle volait comme un oiseau. Je m’ennuie dans le pré. Je rêve de voler.
- Ton rêve n’est pas impossible, mon amie. Si tu le veux, je peux te donner des ailes. Ensuite avec un peu de pratique tu monteras ici haut.
- Tu blagues ! répondit Valérie avec un brin d’espoir dans la voix.
- Non, non. Regarde-moi attentivement. Respire profondément, roule tes épaules et tu verras.

Valérie s’exécuta et soudainement elle ressentit un chatouillement dans ses épaules, sa peau se tendait et en jetant un regard vers son dos, elle vit pousser deux grandes ailes. Elle fit un grand meuuuu de joie.

- Mon amie, secoue tes ailes, vers bas puis vers le haut, régulièrement comme ta respiration. Puis vas-y de plus en plus vite. Tu verras.

Heureusement qu’il faisait nuit et que ses tantes et ses cousines dormaient d’un profond sommeil tout en rêvant aux veaux du printemps, car le premier vol était laborieux. De grands coups d’ailes, puis une petite montée hésitante, mais combien excitante. La lune sourit pleine de condescendance. À force de pratiquer Valérie réussit à faire un vol plané de 10 mètres. Épuisée, elle s’endormit et fit des rêves de cabrioles célestes.

Le matin venu, les tantes et cousines de Valérie contemplèrent la vache volante avec horreur. Elles virent les étranges excroissances aux épaules, mais ne réalisèrent pas que c’étaient des ailes. Valérie, convaincue qu’elle épaterait la galerie, donnait quelques coups d’aile énergiques, s’élevait en l’air et fit le tour du pré comme une chauve-souris géante. Son ombre se reflétait dans les yeux de ses compagnes.

- C’est bien ça, grogna le troupeau nullement émerveillé, elle se considère au-dessus de nous.

Puis elles lâchèrent en choeur un beuuuu plein de reproches.

Déçue, Valérie décida de prendre l’air et de profiter de ses nouveaux talents de vache volante. Elle se donna un petit élan et voilà elle filait dans le ciel bleu et direction de l’autre rive du Richelieu. L’air frais caressait son ventre et le vent chuchotait doucement dans ses oreilles, Tout étonnées devant de nouvel oiseau, les mouettes l’épiaient avec méfiance. Le Richelieu en bas brillait comme une route liquide, tranquille. Que ce premier vrai vol était grisant!

Survolant l’autre rive, Valérie aperçut un drôle de papillon dans le ciel devant elle, attaché par un long fil que tenait une petite fille dans un pré. Une bande d’enfants admiraient le spectacle jusqu’à ce qu’ils aperçurent, stupéfaits, la vache volante qui se dirigeait vers leur cerf-volant. Leur excitation fut telle, que la petite lâcha le fil de son cerf-volant et que les enfants se mirent à crier

- “Oooooh, regarde la vache. Que c’est beau”.

N’ écoutant que son grand coeur, Valérie fit une plongée pour sauver le fragile papillon qui piquait vers le pré, l’attrapa avec ses cornes et atterrit doucement. Les enfants applaudirent, crièrent, dansèrent autour de Valérie, qui frémissait de joie devant tant d’enthousiasme. Enfin, un peu d’appréciation devant sa performance. Devant cet auditoire admiratif, elle fit de gracieuses envolées, selon la mesure de ses modestes talents et se voyait promise à une nouvelle carrière plus excitante que celle de spectatrice d’automobiles. Les enfants lui apportèrent des brassées de trèfles et de l’eau fraîche et l’invitèrent de leurs gestes dans leur petit pré pour un repos bien mérité. Que la vie était belle.

Quand Valérie se réveilla le lendemain matin, une foule de curieux l’entourait. Les enfants avaient alerté leurs parents, le maire, le curé et le député. La vache comprit qu’on attendait son spectacle aérien. Elle se redressa, déplia ses grandes ailes sous les regards ébahis des badauds et se leva dans la petite brume matinale. Un ouragan de Ooooohs et un tonnerre d’applaudissements montait avec elle. Valérie était ivre d’air frais et de exaltation. Son bonheur fut tel qu’elle voulait à son tour faire entendre sa voix. Mais au lieu du beuglement habituel elle fit entendre un puissant chant de vache presque mélodieux, qui provoqua des éclats de rires et des Ooooh de la foule.

- Le bonheur n’est pas dans le pré, se dit-elle, mais ici avec les humains. Eux au moins m’apprécient.

Pour Valérie, la vache volante, commença ainsi une période de bonheur et de gloire sans pareille. Les gens l’enjolivèrent d’un grand manteau argenté qui flottait au vent, appliquèrent du papier doré sur ses cornes et fixèrent une petite lumière rouge au bout de sa queue. Elle était rutilante comme la reine d’un concours de beauté. Autour d’elle régnait désormais une ambiance de joyeuse kermesse avec fanfare et photographes.

Elle faisait ainsi ses fières envolées au dessus de foules de plus en plus denses, mais aussi, hélas, de plus en plus exigeantes. En effet, après quelques semaines, les gens las des décollages prévisibles, lui faisaient signe de monter plus haut, de foncer là vers les nuages. Valérie, désireuse de plaire, tentait de s’élever à force de coups d’aile désespérés. Plus elle grimpait vers les nuages, plus l’air lui manquait. Elle commençait à voir d’étranges étoiles étincelantes devant les yeux, son coeur battait plus vite qu’un roulement de tambour et elle faillit perdre connaissance. Elle ne réussit pas à relever ce nouveau défi et dut descendre en catastrophe. Au lieu des Ooooh! et Bravos ! habituels, elle fut accueillie avec les Choooux ! et des ricanements.

Ces humains exigeaient toujours davantage, plus haut, plus dangereux. À partir de cette journée fatidique, la gloire de Valérie la vache volante perdit son éclat et les gens désertèrent le terrain des spectacles. Seuls les enfants qui l’avaient entourée au début, venaient encore la visiter dans son coin de pré perdu.

Un bon matin, Valérie décida de quitter ce lieu inhospitalier pour des cieux plus généreux. Mais où pouvait elle donc aller maintenant ? Peut-être que les vaches étaient faites pour brouter et donner du lait, plutôt que pour voler et faire des cabrioles aériennes devant des foules ingrates. Le bonheur qui l’attendait était peut-être finalement dans le pré au bord de la rivière avec ses tantes et ses cousines.

À la brunante, Valérie reprit le chemin vers le pré de la ferme Beausoleil. Elle se coucha discrètement pour être réveillée à l’aurore par le braillement de petits veaux assoiffés et le beuglements rassurants de leurs mamans. La vie du pré avait changé depuis son départ, il y a quelques mois. Ses tantes et cousines étaient maintenant plus intéressées à leurs nouveau-nés qu’à la circulation automobile. Les veaux gambadaient joyeusement devant leurs yeux attendris.

Les ailes collées contre ses flancs, Valérie s’approcha timidement de sa famille. L’accueil fut tiède. Elle tentait de leur raconter ses aventures et ses déboires. Hélas, on la traitait de vantarde, de menteuse, de vache dévoyée. Heureusement, que les petits veaux avaient le coeur encore frais et innocent. Ils s’approchaient d’elle et reniflaient ses étranges excroissances à ces épaules.

Alors Valérie leur racontait ses merveilleuses aventures, sa conversation avec la lune, qui était si généreuse, ses vols au dessus de la rivière, ses jeux avec les enfants et ses pitreries aériennes devant les humains. Loin de leurs parents, les petits demandaient d’avoir des ailes comme elle, pour voler là haut comme les goélands. Valérie hésita et répondit que c’était peut-être mieux de demeurer dans le pré et de rêver. Peut-être qu’un jour tout le monde accepterait que le bonheur n’est pas seulement dans le pré, mais qu’on peut explorer de lointains horizons et qu’on peut monter haut haut dans le ciel pour voir le pré autrement.

Les petits veaux écoutaient, les yeux brillants et le coeur battant, leur tante, la vache volante, qui avait osé partir pour l’aventure. Le reste du troupeau ne se doutait pas que, plus tard, leurs petits ne se contenteraient pas de regarder passer les voitures sur le Chemin des Patriotes, mais qu’ils prendraient un jour leur envol. Il leur suffirait simplement d’être “dans la lune” au bon moment.

Kees Vanderheyden