Lettre À Jordi Bonet
Mardi 29 janvier 2008
«L’autre soir, je traversais le pont Jordi-Bonet reliant les villes de Beloeil et de Mont-Saint-Hilaire, et j’ai pris cette photo. C’était un moment spécial pour moi, parce que je me trouvais exactement devant la petite "plaque commémorative"(*) traitant de Jordi Bonet, de sa vie et de son art. C’est curieux, mais j’ai pensé à M. Bonet et je me suis demandé ce qu’il aurait pensé de voir un pont bâti en son honneur. Je crois que cela concorde bien avec le fait qu’il a travaillé beaucoup avec des métaux, dans ses sculptures et autres oeuvres. Sans doute aurait-il aimé ériger un grand pont, et peut-être en a-t-il construit un, entre Barcelone et Mont-Saint-Hilaire, entre la Catalogne et l’Espagne de sa jeunesse et le Québec. Mais peut-être qu’il a fait encore plus que ça. Nous savons que le sacré et lui étaient indissociables; moi en tout cas, je ne peux pas penser à lui, à sa vie, et son oeuvre, sans être ému par quelque chose de plus grand que la vie elle-même.
Et cela l’autre soir je l’ai ressenti en lisant à son sujet sur ce pont qui porte son nom, en regardant la rivière Richelieu, dans cet espace "entre" deux villes, à trente ans, entre la ville de ma naissance (Mont-Saint-Hilaire) et la ville ou j’habite présentement (dans un "entretemps" , comme un pont entre mon cheminement artistique et spirituel). Donc merci pour ce moment magique, M. Bonet, et pour tous les ponts construits en ton honneur. Un pont, c’était une très bonne idée, car une grande Tour, il me semble que ça n’aurait pas eu le même effet!
À bientôt!»

(*) Jordi Bonet naît à Barcelone le 7 mai 1932, durant la guerre civile espagnole. Suite à la perte accidentelle de son bras droit à l’âge de sept ans, son père, chirurgien, l’initie au monde des arts. Fasciné par cet univers, il développe une passion et commence aussitôt à créer.
En 1954, il quitte l’Espagne sans aide financière et s’installe à Trois-Rivières où il est accueilli par des Québécois. Il y produit plusieurs oeuvres pour des églises. Ensuite, il rencontre à l’École des beaux-arts de Montréal Huguette Bouchard qui deviendra son épouse et de qui il aura trois enfants: Laurent, Stéphane et Sonia.
Après des années de misère, sa carrière prend un essor considérable. Puis, il produit plus d’une centaine de murales au Canada, aux États-Unis et en Arabie Saoudite. En 1969, il sculpte la célèbre murale du Grand Théâtre de Québec. La même année, Jordi Bonet acquiert le manoir Rouville-Campbell, alors laissé à l’abandon, pour installer ses ateliers. Il crée plusieurs sculptures en aluminium et en bronze.
Atteint de leucémie en 1973, il apprend qu’il lui reste un mois à vivre. Sa foi le pousse à se surpasser et l’amène à réaliser des oeuvres d’une grande lucidité.
De 1977 à 1979, il vit alternativement à Paris et à Mont-Saint-Hilaire et, malgré sa maladie, il continue à élaborer des projets. De cette période d’ailleurs naîtront plusieurs sculptures qui se retrouvent dans le palais du roi Fahd en Arabie Saoudite.
Outre sa contribution considérable à l’art québécois, Jordi Bonet a agi en père pour bon nombre de jeunes artistes venus le rejoindre au manoir Rouville-Campbell. Jordi Bonet est la preuve tangible que tout homme peut se réaliser pleinement.
Il est décédé le 25 décembre 1979.
(Source, Société d’histoire de Beloeil Mont-Saint-Hilaire)
