LA CULTURE EN CES TEMPS DE COUPURES, EN CES TEMPS D’ÉLECTIONS

Quelque chose s’est déréglé. Une gouvernance saine ne s’amuse pas à déstabiliser les gens, à enrager un groupe important de la société. Une gouvernance responsable fait preuve de sagesse et de tempérance. Mais voilà, si pour plusieurs l’union fait la force, pour d’autres, la division est une stratégie pour s’accaparer le pouvoir. Diviser pour mieux régner. Si nécessaire, on ira jusqu’à nourrir un sentiment de haine envers un groupe particulier de la société. Au fédéral, pendant que le Parti conservateur regroupe l’ensemble des valeurs de droite, les valeurs libérales quant à elles — libérales au sens littéral —,  se retrouvent au sein de plusieurs partis politiques. Dans ce contexte, la division du vote favorable à des valeurs libérales ne sert pas la cause de la culture et des arts.

L’homme Harper n’est que le symbole d’une chose plus importante que la personne en soi. Le mandat de l’homme, Harper, ne durera qu’un temps. Plus important et plus durable est la mentalité qui porte au pouvoir ce type d’individu, et donc, c’est à ce type de mentalité qu’il faut s’intéresser pour mieux la comprendre dans l’espoir d’établir sur des bases solides et à long terme, l’harmonie entre les citoyens. Et pour construire les bases de cette harmonie, il nous faut un liant, un sens à nos actes, un sens à notre vie, en bref, une culture. Et pour favoriser cette harmonie, concrètement, il faut un soutien à la culture et aux arts de la part de l’État.

Pour se regrouper, rien de mieux qu’un ennemi commun.

Merci M. Harper.

D’autre part, merci Monsieur Harper. C’est grâce à vous que le milieu culturel est plus uni que jamais. Toujours, on le sait, ces artistes et ces artisans de la culture, au lieu de s’unir, se confrontent tellement leurs idées sont riches, complexes et articulées. Toujours, il y a ces désaccords qui caractérisent les échanges de ces créateurs, de ces intellectuels, de ces curieux, de ces connaisseurs, de ces lecteurs, de ces spectateurs, de ces êtres qui ont la force, la chance, le courage, le temps et l’argent de s’offrir ce qu’il y a de plus grand en l’humain, et j’ai nommé, tout ce bagage d’inutilités qui nous caractérisent : connaissances, art, culture. Et toutes ces choses inutiles, pourquoi les soutenir, moralement, financièrement? Voilà ce qu’une portion de la population votante se demande. La réponse est courte et simple : parce qu’un pays sans art et sans culture n’en n’est pas un. Un tel pays est appelé à disparaître au profit des autres cultures qui s’y introduisent. Certes un pays se doit d’être assez riche pour se permettre de voir les foules se diriger vers les salles de spectacles, les librairies et les musées. Et nous le sommes suffisamment riches. Nous sommes suffisamment riches pour soutenir les arts et la culture au Québec et au Canada. Ce n’est donc pas une question d’argent, mais plutôt de valeurs qui motivent les conservateurs. Ces budgets coupés sur le dos des arts et de la culture ce sont des miettes en proportion des budgets dont le gouvernement a la responsabilité. Alors pourquoi s’en prendre aux artistes, aux travailleurs culturels, aux amateurs d’art et de culture? Pourquoi? Pour promouvoir des valeurs traditionnelles et canadiennes que l’on ne reconnaît plus dans les réalisations des artistes d’aujourd’hui? Les artistes, en ce sens, seraient trop incontrôlables, trop libres. Il me semble entendre, il me semble comprendre, que la motivation des conservateurs, bien au-delà du Parti conservateur, dans cette chasse aux artistes, adresse un message sans équivoque à ceux-ci : vous êtes trop libres, et ça, nous ne pouvons le supporter. Contrôle. Censure. Valeurs conservatrices.

L’art, avant tout, c’est l’intelligence et l’émotion dans des proportions variables. L’art, c’est l’actuel, mais c’est aussi ce qui traverse les époques. L’art, c’est une industrie parce que nous vivons dans une époque industrielle. L’art, c’est plus que l’industrie. L’art, c’est cette inconnue qui nous rappelle qu’un jour nous avons commencé, entre autres, à enterrer nos morts. Et pourquoi, au fait? Et pourquoi ces préoccupations autour de la mort, de la vie, de la destinée de l’humain? Des choses inutiles, comme l’art, et si l’on mettait un bulldozer là-dedans, pour détruire toutes ces choses inutiles? Où s’arrête cette logique de la destruction de l’inutile qui pourtant caractérise ce qu’il y de plus grand chez l’humain? Peut-être s’arrête-t-elle aux prochaines élections. Peut-être s’arrête-t-elle au bras d’un ami, à la table d’un café. Peut-être s’arrête-t-elle à la lecture d’un livre, à l’appréciation d’une œuvre d’art, à l’écoute d’une voix insoumise…

Tant qu’à y être

Puis, tant qu’à y être, pourquoi ne pas éliminer la jouissance, puisque c’est elle la perturbatrice de l’ordre établi chéri par les conservateurs? En somme, les fabricants d’art et de culture, qu’offrons-nous à voir, à entendre, à sentir? Sous la forme de représentations théâtrales, d’œuvres littéraires, d’art contemporain, de métiers d’art, de poésie, de danse, etc., nous proposons des moments de jouissance, des instants de plaisir, des morceaux de bien-être, des instants lumineux, des étincelles de vérité aux effets parfois cathartiques. De l’inutile?

Cette logique d’une jouissance sous contrôle, nous la connaissons depuis longtemps, nous du milieu des arts et de la culture, mais voilà qu’elle se durcit depuis quelques années. Dans la foulée et en retard sur les États-Unis — dans la queue d’une comète qui s’éteint, souhaitons-le —, nos gouvernants conservateurs canadiens font la chasse à la jouissance. À bas la jouissance, vive la reddition de compte. Un beau programme! Contrôle, reddition, censure. En ce moment, on teste l’électorat, on nous teste, nous les Québécois, nous les Canadiens, sur le dos des artistes et des travailleurs culturels. Au profit du Parti conservateur, de fins stratèges  mesurent, pèsent, observent. Si nous acceptons ce contrôle croissant et cette censure, où cela va-t-il  s’arrêter? Aux prochaines élections fédérales, le 14 octobre 2008?

 Marcel Blouin

Président du Conseil montérégien de la culture et des communications

 Source :

Jacinthe Barabé

Agente de recherche et de communication

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